Journée marathon avec l’Administrateur de l’OIF

Adama Ouane - Photo: René Jackson Nkowa

Il est 9h20 ce mardi 25 juillet 2017 quand Adama Ouane, l’Administrateur de l’OIF, fait son entrée sous la tente climatisée du pavillon de l’OIF au village des partenaires. Il rejoint directement notre petit groupe, celui des blogueurs. Il va participer à notre réunion de rédaction quotidienne. Ainsi commence la journée au long cours qui va nous mener lui et moi à travers réunions, entrevues, conférence, inauguration et spectacle.

Pendant la réunion avec les blogueurs – Photo: René Jackson Nkowa

Une heure après son arrivée dans le pavillon, il rejoint la pièce réservée sous cette tente aux VIP. S’en suivent alors une séried’appels téléphoniques interminables, de discussions avec ses collaborateurs, avec des personnalités diverses. Il rencontre aussi les anciens volontaires internationaux de la Francophonie présents et il parle du sujet de leur accompagnement post-mission avec Mireille Roux, l’une des responsables du programme de volontariat.

Rencontre avec les ex-volontaires de la Francophonie – Photo: René Jackson Nkowa

J’ai toutefois un moment de panique aux alentours de 11 heures : je le perds de vue. L’Administrateur est introuvable ! En soi, ce n’est pas inquiétant pour lui car il est toujours accompagné de deux collaboratrices (la conseillère personnelle et un agent du protocole), d’un garde du corps en civil et d’au moins un policier. Celui pour qui c’est un comble, c’est moi. Je suis censé le suivre, et non le perdre! Je me retrouve sillonnant le village, cherchant à le retrouver. Ce que je parviens à faire après vingt minutes de course.

Il effectue une petite balade dans le village. Ainsi, il passe notamment un long moment dans le pavillon de la république du Niger. Puis retour au pavillon de la Francophonie, où il rencontre Adama Adepoju, un conteur ivoirien avec qui il a une discussion pendant quelques minutes.

Adama Ouane dans les étals, Pavillon du Niger – Photo: René Jackson Nkowa

Pendant la discussion avec Adama Adepoju – Photo: René Jackson Nkowa

Dans la foulée, il participe à une petite conférence sur le thème de la promotion de l’entrepreneuriat des jeunes et des femmes, conférence à laquelle participent aussi des entrepreneurs, des responsables de l’OIF et du ministère ivoirien du commerce, de l’artisanat et des petites et moyennes entreprises.

Un administrateur attentif pendant la conférence – Photo: René Jackson Nkowa

La nostalgie de Bamako

Le premier moment de pause pendant cette journée est le déjeuner. Nous le prenons à la même table. Nous sommes en compagnie de ses deux collaboratrices citées plus haut. Je les écoute. Il se trouve qu’ils sont tous originaires du Mali. Ils évoquent avec beaucoup de nostalgie certains lieux de leur jeunesse. Des endroits de Bamako qui ont, bien entendu, changé et ils s’en désolent. Il est ainsi question dans leur discussion d’un parc de la capitale malienne qui a disparu sous les coups de pelleteuse d’agents immobiliers peu soucieux de préservation de la nature.

Pendant ce temps, je l’observe. Adama Ouane est visiblement un homme de nature discrète et cette impression se confirme quand on le côtoie. Très peu disert, on le devine toutefois très observateur. Il semble préférer une parole en petit comité, presque intimiste avec ceux qu’il rencontre. Ses gestes sont amples, ce qui lui octroie une certaine empathie.

A quatorze heures, nous nous mettons en route pour Grand-Bassam, où il doit présider la cérémonie d’inauguration du nouveau système d’éclairage public du pont de la Victoire, un projet pilote réalisé avec l’appui de l’OIF. Moment privilégié où je peux enfin discuter avec lui sans être dérangé. Lui et moi sommes assis sur le siège arrière d’une grosse berline allemande qui file à travers les rues d’Abidjan, précédée par une voiture de police qui, sirènes hurlantes, ouvre la voie.

Un premier tête à tête très technique et contrôlé

Nous sommes maintenant sur l’autoroute. Après un coup d’œil sur ce que j’imagine être le discours qu’il prononcera dans l’heure qui arrive, il me dit : allons-y, je vous écoute.

Je lui pose des questions toutes préparées. Je souhaite qu’il me parle de son travail et de ce qui l’a amené dans cette carrière de fonctionnaire international. Il parle de son départ pour Moscou après la fin du secondaire, de son choix de formation (il a choisi de poursuivre ses études en linguistique, mais avait aussi en tête les langues classiques – latin, grec – et le journalisme). Il est aussi question de ses missions en tant qu’Administrateur de l’OIF. J’ai essayé de le sortir des éléments de langages très institutionnels qu’il avait adopté, en vue de détails croustillants. Sans succès. Mais je ne perds pas l’espoir de créer sur le chemin du retour vers Abidjan une atmosphère propice à une parole moins formelle. Et aussi, j’espère sortir de cet engourdissement provoqué par cette proximité avec un homme, certes affable, mais dont les responsabilités sont quelque peu intimidantes. Je réfléchis à tout ceci pendant que je l’attends dans un petit vestibule. Il est en discussion dans le bureau du maire de Grand-Bassam.

Pendant son discours à Grand-Bassam – Photo: René Jackson Nkowa

« Je vais faire de l’agriculture »

Le trajet du retour se déroule de manière plus conviviale. Je demande son avis sur plusieurs questions. Au sujet de la participation de l’OIF dans des projets locaux, Adama Ouane me fait comprendre que l’Organisation a fait le choix de s’appuyer sur des partenaires institutionnels et/ou publics pour la gestion locale des projets. L’autre doctrine, celle de s’attacher directement aux populations présente de son avis trop de paramètres incertains. Nous abordons ensuite la question de l’image de l’OIF. Il reconnaît qu’il y a encore un lourd chantier à faire avancer, pour que cette organisation internationale se détache de cette image de « soft-power de la diplomatie française ». Il m’avoue que c’est en ces termes qu’un livre d’histoire au programme scolaire en France définit l’Organisation.

Retour sur son parcours. Il devient en 2012 ministre de l’éducation du Mali dans le gouvernement de transition. Ce moment de sa vie a aussi été abordé. Il me rappelle les conditions chaotiques qui l’ont amené « par accident » à devenir ministre. Un « gouvernement de mission » auquel il a participé en n’ayant d’attache dans aucun parti politique. Je lui demande s’il serait prêt à retenter l’expérience, il me répond que non. Il a déjà été sorti de sa retraite de fonctionnaire de l’UNESCO pour aller en Haïti et il lui tarde de retrouver cette retraite. Il semble aussi écarter un éventuel renouvellement de son mandat d’Administrateur de l’OIF. Je lui demande alors ce qu’il compte faire après s’il se retire. « Les champs », me répond-il, avec un coup d’œil espiègle. Moi, étonné : Les champs ? « Oui. Je vais faire de l’agriculture. L’élevage, la culture de riz et d’autres produits de contre-saison. Le Mali est un pays aride certes, mais il y a quelques cultures qui y marchent très bien ».

Sur ces entrefaites, nous arrivons à son hôtel. Il souhaite se rafraîchir avant d’entamer sa soirée.

Les « sacrifices » relatifs à une fonction

Une soirée qui nous mène à l’Institut Français d’Abidjan pour la finale du concours de création numérique, l’une des épreuves présentes aux jeux de la Francophonie. C’est notre dernier trajet ensemble. Nous nous parlons très peu. Les seuls bruits sont les feulements sourds du moteur et la musique distillée en fond sonore par les enceintes de la voiture. Je perds mon regard dans la contemplation des lumières d’Abidjan. en même temps, je fais le bilan et réfléchis à ce que j’ai vécu pendant cette longue journée. S’il est évident que ce monsieur n’a pas le métier le plus difficile du monde, il me semble toutefois qu’il peut devenir complètement harassant. Être sollicité tout le temps, par téléphone ou par des gens qu’on rencontre et qu’on n’a jamais vus. Serrer des mains à n’en plus finir. Être directement interpellé dès qu’on est présent dans un lieu public, être constamment dans une attitude de contrôle. Pour moi qui ne conçois pas mon travail sans de longs moments pendant lesquels je suis coupé de tout, il me semble qu’occuper une telle position représente quelques fois un sacerdoce. Le plus difficile est cette possibilité quasi-nulle de se trouver tout seul. Je porte mon interrogation à sa conseillère, qui m’explique qu’à Paris où il a son cabinet, il n’en est pas toujours ainsi. Une réponse qui ne me convainc qu’à moitié.

Après la finale, c’est le moment des au revoir. Il est presque 23h. La petite photo souvenir est de mise. Je lui adresse mes remerciements pour sa disponibilité et lui me souhaite bonne continuation. Ainsi se termine une journée enrichissante à bien des égards qui m’a permis de vivre de l’intérieur la vie d’un haut-fonctionnaire international.

L’Administrateur en discussion avec des agents de l’OIF à l’IFCI – Photo: René Jackson Nkowa

 

Note : l’Administrateur est, dans l’organigramme, le deuxième personnage de l’Organisation internationale de la Francophonie. Il assure essentiellement des missions de validation, de suivi, de contrôle de l’exécution des projets ; il est aussi en charge de la gestion administrative et financière de l’OIF. M. Adama Ouane occupe le poste depuis le 25 avril 2015, suite à sa nomination par Michaëlle Jean, la Secrétaire générale. Agé de 69 ans, il est de nationalité malienne.

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